Open/Close Menu Paroisse catholique à Lyon
Tuan NGUYEN

29e dimanche du temps ordinaire B – 17 octobre 2021
Is 53, 10-11 – Ps 32 (33) – He 4, 14-16 – Mc 10, 35-45
Homélie du Fr. Tuan Nguyen

Servir et aimer
Frères et sœurs, ce dimanche est consacré à la journée du refus de la misère. Il y a bien des formes de misère. Parmi celles-ci se trouve celle des maladies, notamment celles qui marginalisent les personnes. La lèpre par exemple.

Cela me donne l’occasion de vous parler d’un évêque français, peu connu. Son témoignage de vie me frappe. Il s’appelle Jean CASSAIGNE ; né et grandi dans les Landes. Après avoir été ordonné prêtre pour les Missions étrangères de Paris dans les années 20, il fut ensuite envoyé au Vietnam, dans le Sud, sur les Haut-plateaux. Il y vivait avec les ethnies montagnardes. Sa rencontre avec des lépreux sera un temps fort dans sa vie. Il se mit à soigner les lépreux à mains nues dans une infirmerie de fortune. Puis, il construit avec eux un village où ils vivaient ensemble. Baptisé « la cité de la Joie », ce village existe toujours. Puis, Jean fut nommé évêque de Saigon, il était affronté à des circonstances difficiles à cause de la guerre. Quand il savait qu’il était atteint de lèpre, Il désirait retourner chez les lépreux et continuer de servir les lépreux jusqu’aux derniers instants de sa vie, dans la souffrance de la maladie. Il a dit : « j’ai désiré être lépreux pour vivre avec eux ».

Ce témoignage de vie de l’évêque Jean Cassaigne nous paraît aujourd’hui aussi bien héroïque qu’inimitable. Ce que je voudrais partager avec vous, c’est que, certains ont tenté de vivre le message que Jésus nous livre aujourd’hui dans l’évangile. Il s’agit de vivre l’esprit de service et d’humilité.

Les deux fils de Zébédée, Jacques et Jean demandent à Jésus une place auprès de Lui dans sa gloire, l’un à sa gauche et l’autre à sa droite. Quelle ambition ! Ont-ils compris que leur Maître va être suspendu sur la croix ? Jésus dit s’ils acceptent de partager son sort. Quant aux places, il ne lui appartient pas de l’accorder. Puis, il s’adresse à tous les disciples : « Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur, et celui qui veut être le premier sera esclave de tous ». Le désir d’être vu comme grand et puissant habite le cœur de l’être humain. Cela est partout « chez les gens des nations ». Les grands du monde font sentir leur pouvoir. Mais, chez les disciples de Jésus, il ne doit pas en être ainsi. L’esprit de service et d’humilité est le chemin pour devenir quelqu’un, c’est une spécificité de ceux qui suivent Jésus.
Cette manière de voir de Jésus n’est pas compréhensible aux yeux du monde. Mais, on le comprendra quand on aura fait l’expérience du service sans attendre le retour, et on reconnaîtra alors que servir et aimer sont le chemin capable de transformer le monde et de le rendre meilleur. Car le véritable pouvoir ne consiste pas à dominer, mais à rendre l’autre heureux et meilleur.
Servir par amour est une véritable grandeur ! Jésus le prescrit comme une règle à ceux qui veulent devenir grand. Et il le fait lui-même.

Jésus parcourt les villes et les villages. Il se penche sur la misère humaine. Au lépreux qui crie vers lui sa détresse, Jésus le délivre (Mc 1, 40-45 et ; Mt 8,2-4). A celui dont l’esprit n’est pas en paix, Jésus lui apporte la paix (Mc 1,23-26 ; Lc 8, 27-36). Jésus n’est jamais indifférent à la souffrance, à la misère des personnes qu’il croise sur son chemin. Il prend soin de leur esprit, leur âme et leur corps. Il est le serviteur de la Bonne Nouvelle qui annonce que Dieu sauve ! Ce projet, Dieu le réalise dans Celui qui est devenu le Fils de l’homme en prenant l’humble chemin de celui qui sert :

« Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon d’une multitude ».

En effet, Jésus va librement jusqu’au don de sa vie sur la croix. Il devient celui dont parle le prophète Isaïe : le serviteur souffrant prend sur lui toutes nos infirmités, nos misères, et la plus grande, c’est le péché car il nous empêche d’aimer Dieu et d’aimer son prochain. Jésus sur la croix il étend les bras pour nous accueillir, et nous apprend comment servir et aimer. A chaque eucharistie, c’est lui qui nous invite à sa table et nous nourrit.

Frères et sœurs,
Servir et aimer, tels sont les mots-maitresse de l’évangile d’aujourd’hui. Tout le monde ne peut pas faire comme l’évêque Jean CASSAIGNE, se mettre au service des lépreux pendant des années de sa vie, jusqu’au dernier souffle. Nous ne pourrions pas sans doute non plus faire des choix radicaux comme Charles de Foucauld pour le service de Dieu et de Jésus, « son bien aimé », son souci de rejoindre les plus pauvres, d’accueillir toute personne « en frère ». Enfin, nous ne pourrions jamais faire comme le Christ, mais à chacun sa force, et en tant que la communauté, Eglise du Christ, nous pouvons nous approcher de ce message de Jésus Christ dans notre quotidien par de petits gestes.
Que Dieu nous accorde sa grâce. Amen.