« Notre priorité est de permettre aux élèves des classes d’examen de retourner en cours le plus rapidement possible. »
Jean de Dieu Ratsimbazafy, fondateur des Écoles de la Chance à Madagascar.
Il y a un mois, le cyclone Gezani frappait la ville de Tamatave, sur la côte est de Madagascar, avec des rafales atteignant 280 km/h. Selon le Bureau national de gestion des risques et catastrophes (BNGRC), 80 % de la ville a été dévastée et des quartiers entiers ont été détruits. C’est le cas de celui où se trouve l’École de la Chance, établissement scolaire accueillant plus de 1 000 enfants issus de familles défavorisées. Son fondateur, Jean de Dieu Ratsimbazafy, était venu l’an dernier nous présenter cette œuvre et solliciter notre soutien. Mobilisé dès les premières heures de la catastrophe depuis la France où il travaille, il nous a donné des nouvelles de l’équipe qui gère la situation sur place et de la reconstruction des bâtiments qui a commencé.
Que s’est-il passé exactement le 10 février à Tamatave ?
Ce jour-là, j’étais au téléphone avec Madame Françoise, coordinatrice de l’École de la Chance de Tamatave. J’ai vécu les événements en direct. Il était environ 17h, je pouvais entendre la force croissante des rafales de vent. Je lui ai donné des conseils – surtout ne pas sortir ! A 18h, j’ai reçu des vidéos montrant le vent décoiffer nos salles de classe l’une après l’autre. Dans l’écouteur, j’entendais le vent, les fortes pluies, les pleurs des enfants des éducateurs réfugiés dans un bâtiment en dur. Ce fut la nuit la plus longue de ma vie… Nous ne pouvions rien faire sinon attendre et prier. Le vent s’est arrêté vers 1h du matin mais la pluie a continué. Au matin, Madame Françoise m’envoyé les premières photos des dégâts en pleurant : tout n’était que ruines et désolation. Salles de classe, bibliothèque, infirmerie, clôture : douze années de travail détruites en une nuit… Quel choc, quelle tristesse…
Quelles ont été les premières actions pour venir en aide aux sinistrés ?
L’urgence était de mettre l’équipe éducative de Tamatave à l’abri et de venir en aide aux familles du quartier. J’ai aussitôt lancé des SOS à tous nos amis et j’ai coordonné les aides d’urgence avec Madame Emma, présidente nationale de l’association MNG* à Antananarivo, la capitale. A Tamatave, Madame Françoise et son équipe ont commencé par aménager une grande salle située au rez-de-chaussée du bâtiment Belle Vie, seul endroit sec du site, pour accueillir les sinistrés du cyclone. Ils ont été jusqu’à 200 personnes ! Nous avons aussi lancé des cagnottes et envoyé de l’argent pour acheter de la nourriture, nous avons organisé des collectes de produits de première nécessité, notamment à Antananarivo où se trouve notre deuxième école, dispensé les premiers soins aux blessés et aux malades… Une femme médecin – le Dr Rosa – est même venue avec son équipe pour assurer des consultations gratuites pendant trois jours : 300 personnes en ont profité. Fin février, le site est devenu le point de distribution par l’Etat de 10 tonnes de riz destinées aux 1 400 familles sinistrées du secteur.
La reconstruction des bâtiments de l’école a-t-elle commencé ?
Oui, nous avons commencé par réparer la clôture avec l’aide de nos voisins, une opération nécessaire pour éviter le pillage malheureusement… Début mars, le Bureau national de gestion des risques et catastrophes nous a envoyé des tôles pour refaire les toits de certaines salles de classe. Notre priorité est de permettre aux élèves des classes d’examen (CM2 et 3e) de retourner en cours le plus rapidement possible. C’est chose faire depuis mardi 10 mars : un tiers du millier d’enfants scolarisés cette année ont pu reprendre le chemin de l’école ! Le problème, c’est qu’ils ont perdu toutes leurs affaires (livres, cahiers…). Nous lançons donc un appel à la générosité pour leur offrir un nouveau kit scolaire (lire ci-dessous). La suite du chantier va prendre du temps. Nous souhaitons reconstruire des bâtiments en dur selon les normes anticycloniques en vigueur. Cela nécessite des budgets importants. Ma mission est notamment de trouver des fondations qui accepterons de financer notre projet.
* Malaza Ny Gasy (MNG) est l’association qui gère l’École de la Chance de Tamatave (Akany Onjasoa) et celle de Antananarivo (Akany Iarivosoa) ainsi que dix autres écoles implantées dans toute l’île de Madagascar. En tout, Malaza Ny Gasy scolarise gratuitement à mi-temps quelque 7 000 élèves défavorisés. Elle est soutenue en France par l’association Madavenir, qui collecte des dons pour elle.
> Pour en savoir plus : site de MNG
La plupart des 1050 enfants scolarisés cette année à l’École de la Chance de Tamatave ont perdu leurs affaires de classe pendant le cyclone. L’association MNG lance une opération pour financer un kit de fournitures scolaires par enfant : cartable, cahiers, stylos, règle, gomme… Son coût est évalué à 10€.