Il y a quelques années, peu de temps avant Pâques, nous avions vécu, dans la paroisse dont j’étais le curé, les funérailles de deux adolescents décédés dans un accident de voiture. Et voilà qu’au matin de Pâques un petit groupe de jeunes, sûrement bien intentionnés, sonnent à la porte de la cure et m’entourent en chantant « Il est ressuscité… Il est vraiment ressuscité ! ». Que Dieu me le pardonne, je les ai mis dehors et leur ai claqué la porte au nez ! Bien sûr, ils ne pouvaient pas savoir, et leur enthousiasme à annoncer la Résurrection était certainement louable…
Mais je voudrais plaider pour un peu de retenue dans l’expression de notre foi en la résurrection, en restant attentifs aux épreuves que traversent peut-être ceux qui nous entourent. Au demeurant, il ne s’agit de rien d’autre que de la retenue de Jésus lui-même. Le Ressuscité ne fait pas sonner les trompettes devant lui… Il ne fait que prononcer doucement le nom de celle qui le pleure et le prend pour un autre, il s’approche furtivement et incognito de ceux qui cheminent en ruminant leur triste déception, il prépare au petit jour un feu de braises au bord du lac pour partager le pain avec les pécheurs épuisés et il prend soin de montrer les traces de son supplice — que la résurrection n’a pas effacées — à celui qui doute de sa présence.
Tout se passe comme si la foi en la résurrection ne gommait pas les larmes mais leur donnait le pou-voir de faire germer les fleurs de l’espérance. Comme les disciples, je ne sais pas ce que veut dire « ressusciter d’entre les morts » (Mc 9, 10). Mais, comme l’écrivait le pasteur Bonhoeffer avant son exécution par les nazis : « Nous soupçonnons un souffle nouveau et bouleversant dans les paroles et les actions traditionnelles sans pouvoir encore le saisir et l’exprimer… Ce n’est pas à nous de prédire le jour, mais ce jour viendra où des hommes seront appelés de nouveau à prononcer la Parole de Dieu de telle sorte que le monde en sera transformé et renouvelé. Jusqu’à ce jour la vie des chrétiens sera silencieuse et cachée. Mais il y aura des hommes qui prieront, agiront selon la justice et attendront le temps de Dieu. »
Bernard Badaud,
administrateur de la paroisse.