Open/Close Menu Paroisse catholique à Lyon

4ème dimanche de Carême B –14 mars 2021
2 Ch 36, 14-16.19-23 – Ps 136 (137) – Ep 2, 4-10 – Jn 3, 14-21
Homélie du P. Franck Gacogne

Dans notre vie de chrétien, nous traînons des résistances, des boulets que nous nous sommes attachés nous-mêmes aux pieds : je crois qu’on persiste à se vouloir du mal alors que Dieu lui persiste à nous vouloir du bien. Je vous propose d’attaquer deux de ces résistances. La première, c’est le pardon, parce que dans le fond, on en doute. La deuxième, c’est le jugement parce qu’on le craint.

« Le pardon de Dieu doit-il se mériter ? » Je tire cette question de la lettre aux Ephésiens que nous avons entendue. Spontanément, nous disons que non, et pourtant, notre esprit, notre inconscient ne cesse de nous dire que nous devons faire des choses pour Dieu afin de nous le rendre favorable (quelle image terrible en avons-nous donc !). Quand allons-nous accorder notre pensée à la bonne nouvelle que nous lisons dans les Ecritures, en particulier chez Saint-Paul ? Ecoutons et imprimons ce verset de la lettre aux Romains : « Tous les hommes ont péché, ils sont privés de la gloire de Dieu, et Dieu, gratuitement, les fait devenir justes par sa grâce, en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus. » (Ro 3, 23-24).

Eh bien cette seconde lecture de Paul aux Ephésiens est encore une aide précieuse pour nous aider à y répondre à cette question : « Le pardon de Dieu doit-il se mériter ? », car l’auteur nous rappelle que : « C’est bien par grâce que vous êtes sauvés. Avec lui, il nous a ressuscités ». Debout ! Dieu nous veut debout, digne et libre, et pour cela, il ne fait pas les choses à moitié. Le pardon que Dieu nous offre est total et radical, il n’a pas de limite. Ce que nous dit St Paul, c’est que ce pardon, nous n’avons ni à le mériter ni à l’acheter. Comment est-ce donc possible ? Serait-il donc bradé, donné à n’importe qui ? Non ! Mais parce que si nous devions l’obtenir de nos propres forces, jamais nous ne pourrions l’acquérir entièrement et pleinement. Comment en effet prétendre être à la hauteur de ce don suprême : celui que le Christ a manifesté en donnant toute sa vie jusqu’à l’extrême, jusqu’à la croix. Il n’y a qu’une solution, si le pardon offert est complet, c’est parce qu’il n’est pas un dû, mais un don, un cadeau, une grâce. Quelle libération ! En fait, tout cela nous le savons, au fond de nous-mêmes, et pourtant notre conscience et notre foi résistent à croire en un tel don tant il est inouï.

Je crois que si le pardon reçu n’a pas de préalable hormis bien sûr le désir de retour, le désir de se rapprocher de Dieu, il a en revanche des conséquences fortes. Il nous met en capacité d’accorder nos vies à cette force, à ce souffle que nous recevons. En fait, la conversion n’est pas une condition du pardon, mais une conséquence. Le pardon reçu réajuste nos comportements, nos actes, nos paroles, et il les rend conformes « en vue de la réalisation d’œuvres bonnes qu’il a préparées d’avance pour que nous les pratiquions. » (Ep 2, 10), comme nous le dit si magnifiquement St Paul. Vous l’avez compris, le pardon n’est pas un aboutissement, mais plutôt un tremplin, comme l’eucharistie est un lieu pour se rassasier, à condition d’en vivre toute la semaine.

 

2ème résistance : le jugement : parce qu’on persiste à craindre le jugement de Dieu. Et là, c’est l’évangile qui va nous éclairer puisqu’il nous parle du jugement. Quand nous parlons de jugement dans la Bible, à quoi pensons-nous spontanément ? Et bien en fait, je crois que nous pensons rarement à des phrases de l’évangile, nous sommes plutôt formatés, nous sommes sous l’emprise d’images et de représentations souvent terribles. Notre imaginaire est marqué par quelques grandes fresques du « jugement dernier » qui montre le Christ sous les traits de celui qui domine de haut tout l’univers et qui vient séparer les bons des méchants. Chacun de nous s’est-il déjà demandé si cette image était vraiment conforme à l’évangile ? Je crois que tant que nous aurons ce cliché manichéen en tête, nous aurons du mal à penser autrement, et tout simplement du mal à lire l’évangile. « Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé […] Et le Jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. ». Il arrive que les hommes préfèrent les ténèbres et du coup se mettent eux-mêmes dans l’obscurité.

Voilà qui change la donne ! A la question : qui est protagoniste du jugement, il faudrait répondre deux choses. Premièrement Dieu, parce qu’il offre sa lumière, il est la lumière et il s’offre à tous parce qu’il a le désir que tous les hommes soient sauvés (1 Tm 2, 3-4) ; deuxièmement les hommes sont protagonistes de leur propre jugement par leur choix libre d’accepter ou de refuser cette lumière. C’est toute la théologie développée par St-Irénée dès le 2nd siècle. Avec Irénée, le jugement de Dieu n’est pas une décision arbitraire et redoutable, il est plutôt la ratification des choix faits par chacun dès cette vie. Voici ses mots : « A tous ceux qui se séparent volontairement de lui, Dieu inflige la séparation qu’eux-mêmes ont choisie […] Celui qui ne croit pas est déjà jugé […] autrement dit, il s’est lui-même séparé de Dieu par sa libre décision » (AH V, 27, 2).

Qu’avec cet éclairage, nous n’ayons plus de résistance à prononcer cette phrase pourtant difficile du credo : « il viendra juger les vivants et les morts » parce que ce jugement exige l’engagement et l’exercice de notre liberté. Amen.